Renne Père Noël et traditions du monde : voyage autour de la planète

Le renne du Père Noël désigne, dans l’imaginaire occidental, l’animal attelé au traîneau qui traverse le ciel la nuit du 24 décembre. Cette association entre un cervidé arctique et la distribution de cadeaux aux enfants du monde repose sur des textes littéraires précis, datés du XIXe siècle, et non sur une tradition immémoriale. Selon les pays, la figure du distributeur de cadeaux ne voyage pas du tout en traîneau, et le renne n’y joue aucun rôle.

Renne arctique : pourquoi cet animal et pas un autre

Le renne (Rangifer tarandus) est le seul cervidé dont les deux sexes portent des bois. Les mâles perdent les leurs après la saison de reproduction, en début d’hiver. Les femelles, elles, conservent leurs bois jusqu’au printemps.

Lire également : Banger en rap : traduction simple, sens cachés et exemples de lyrics

Cette particularité biologique a alimenté une hypothèse devenue populaire : les rennes du Père Noël seraient des femelles, puisqu’elles portent encore leurs bois en décembre. L’argument repose sur un fait zoologique réel, même si le poème fondateur ne précisait pas le sexe des animaux.

Le choix du renne comme animal de trait n’a rien d’arbitraire. Dans les régions subarctiques, de la Laponie à la Sibérie, les peuples autochtones (Samis, Nénètses, Évènes) utilisent le renne pour le transport en traîneau depuis des siècles. Sabots larges qui ne s’enfoncent pas dans la neige, endurance sur de longues distances, capacité à se nourrir de lichen sous la glace : le renne est l’animal de trait le mieux adapté aux conditions polaires.

A lire en complément : Comment a été choisi le livre vendu le plus au monde ?

Père Noël traditionnel finlandais assis dans une cabane en bois rustique entouré de jouets sculptés et de décorations de Noël

Poème de 1823 et invention des noms des rennes du Père Noël

L’association entre le Père Noël et ses rennes prend forme dans le poème « A Visit from St. Nicholas », publié en 1823. Ce texte, souvent attribué à Clement Clarke Moore, nomme huit rennes : Dasher, Dancer, Prancer, Vixen, Comet, Cupid, Donner (ou Donder) et Blitzen.

Chaque nom reflète une qualité ou un trait de caractère. Dasher évoque la vitesse, Blitzen l’éclair (de l’allemand Blitz), Vixen la vivacité. Le poème fixe un canon : le traîneau volant, la descente par la cheminée, la nuit du 24 décembre. Avant ce texte, saint Nicolas voyageait à cheval ou à dos d’âne selon les régions européennes.

Rudolph, le neuvième renne au nez rouge

Rudolph n’apparaît qu’en 1939, dans un livret promotionnel rédigé par Robert L. May pour la chaîne de grands magasins Montgomery Ward. Le renne au nez rouge lumineux, rejeté par ses congénères puis devenu guide du traîneau dans la tempête, est une création marketing devenue tradition à part entière.

Rudolph est le seul renne du Père Noël né d’une opération commerciale, et pourtant il est souvent le premier que les enfants connaissent, grâce à la chanson de 1949 et aux adaptations animées qui ont suivi.

Traditions de Noël dans le monde : le renne n’est pas universel

La figure du Père Noël en traîneau tiré par des rennes est typiquement nord-américaine et scandinave. Dans de nombreux pays, le personnage qui distribue des cadeaux voyage autrement, ou n’existe tout simplement pas sous cette forme.

  • En Islande, ce ne sont pas un mais treize « Jólasveinar » (trolls de Noël) qui descendent des montagnes un par un pendant les treize nuits précédant Noël, chacun avec un caractère distinct, accompagnés du chat géant Jólakötturinn qui, selon la légende, dévore ceux qui n’ont pas reçu de vêtements neufs
  • En Finlande, Joulupukki habite Korvatunturi près de Rovaniemi, en Laponie, et les rennes font partie intégrante de la culture locale, non comme fiction mais comme réalité quotidienne des éleveurs samis
  • En Australie, le Père Noël arrive parfois en surf ou en bateau, la fête tombant en plein été austral, ce qui rend l’image du traîneau sur la neige décalée par rapport au climat
  • En Espagne et en Amérique latine, Papá Noel coexiste avec les Rois mages (Reyes Magos), qui arrivent le 6 janvier à dos de chameau et distribuent les cadeaux principaux
  • En République centrafricaine et dans une partie de l’Afrique francophone, Noël reste avant tout une fête religieuse et familiale, sans la figure du traîneau volant

Marché de Noël traditionnel européen en plein air avec renne en osier décoratif, vendeurs en costumes et foule animée sur les pavés enneigés

Laponie finlandaise et tourisme lié au Père Noël à Rovaniemi

Le village du Père Noël à Rovaniemi, sur le cercle polaire arctique, est devenu une destination internationale. Les voyageurs y viennent pour rencontrer un Père Noël « officiel », envoyer des lettres depuis le bureau de poste du cercle polaire et participer à des safaris en traîneau de rennes.

Depuis le rebond post-Covid, les séjours combinant rencontre avec le Père Noël et activités avec les rennes figurent parmi les expériences les plus recherchées du tourisme nordique. Des agences spécialisées proposent ces formules tout au long de l’hiver, et plus seulement en décembre.

L’élevage de rennes en Laponie n’est pas un décor touristique. Les Samis pratiquent l’élevage semi-nomade depuis des générations. Le traîneau de rennes que les visiteurs empruntent à Rovaniemi repose sur un savoir-faire ancestral, adapté pour le tourisme mais ancré dans une réalité pastorale qui existait bien avant le mythe du Père Noël.

Lettres au Père Noël : un lien entre enfants du monde et Laponie

Chaque année, le bureau de poste du Père Noël à Rovaniemi reçoit du courrier d’enfants de dizaines de pays. En France, le service des lettres au Père Noël, géré par La Poste, répond systématiquement aux courriers envoyés par les enfants. Cette tradition postale crée un pont entre l’imaginaire de Noël et un lieu géographique réel, le cercle polaire arctique.

Solstice d’hiver et racines païennes de la fête de Noël

La célébration chrétienne de Noël a remplacé des fêtes païennes liées au solstice d’hiver, autour du 21 décembre. Dans les pays nordiques, cette période correspond au retour progressif de la lumière après les semaines les plus sombres de l’année.

En Suède, les festivités commencent dès le 13 décembre avec la Sainte-Lucie, où des processions de jeunes filles en blanc portent des couronnes de bougies pour symboliser le retour de la lumière. Le mot suédois pour Noël, « Jul », viendrait de « Julnat », signifiant « la nuit de la roue », en référence au cycle solaire.

Le renne, animal du Grand Nord capable de survivre dans l’obscurité polaire, s’inscrit naturellement dans cette symbolique de traversée de la nuit la plus longue. Le traîneau volant dans le ciel de minuit prolonge le mythe solaire sous une forme narrative adaptée aux enfants.

La prochaine fois qu’un renne apparaît sur une carte de voeux ou une décoration de sapin, il porte avec lui plusieurs couches de sens : biologie arctique, poésie américaine du XIXe siècle, marketing des années 1930 et rituels bien plus anciens liés au solstice. Le voyage du Père Noël autour de la planète est aussi celui d’un symbole qui s’est transformé à chaque frontière culturelle traversée.